Personne
Plate-forme : Bande Dessinée
Date de sortie : 20 Mars 2026
Résumé | Test Complet
Editeur :
Développeur :
Genre :
Bande dessinée
Multijoueur :
Non
Jouable via Internet :
Non
Test par

Redaction


8/10

Scénario : Philippe Pelaez
Dessin : Guénaël Grabowski
Couleurs : Denis Béchu

L’histoire est centrée sur Daniel Nitko, un astronaute émérite de la NASA. Depuis dix ans, Daniel n'a qu'une obsession : la mission Europa, un projet d'exploration et de colonisation de la lune glacée de Jupiter. Pour accomplir ce rêve d'une vie, il a tout sacrifié, y compris son équilibre familial, délaissant sa femme Eva (qui a fini par le tromper) tout en restant profondément fusionnel avec sa fille, Enya. Mais à l'aube du départ, le couperet tombe : un neurologue lui diagnostique une tumeur au cerveau à l'évolution imprévisible. Jugé trop risqué par ses supérieurs, Daniel est écarté de la mission et remplacé au dernier moment. Pourtant, le récit bascule au 182e jour de la mission Europa. Daniel se réveille à bord du vaisseau, sortant de sa capsule cryogénique. Le problème ? Il est absolument seul. Le vaisseau semble désert, endommagé, une odeur de brûlé flotte dans l'air et une vieille chanson tourne en boucle. Poussé par un mystérieux interlocuteur nommé Zilch, Daniel se lance dans un jeu de piste mental et physique pour comprendre ce qui est arrivé à l'équipage, à sa fille, et surtout... pour savoir ce qu'il fait à bord.

Philippe Pelaez, déjà habitué aux récits denses et bien ficelés, s'associe à nouveau avec Grabowski après le très remarqué Neuf. Si le décor de départ utilise les codes classiques de la science-fiction spatiale (cryogénie, voyage vers Jupiter, exploration lunaire), le scénariste s'en sert avant tout comme d'un catalyseur pour explorer la psyché humaine. Le scénario brille par sa structure en forme de puzzle.  On retrouve un huis clos étouffant à bord du vaisseau fantôme, des flash-backs terrestres qui nous renseignent sur le passé troublée de Daniel aux États-Unis, mais aussi une perception assez trouble des événements qui nous amènent à douter . Daniel est-il réellement dans l'espace, ou l'intrigue se joue-t-elle entièrement dans les méandres de son cerveau malade ? Les indices parsemés (comme les pièces d'un projecteur holographique à reconstituer) maintiennent une tension constante. Le dessin de Guénaël Grabowski, sublimé par la mise en couleur de Denis Béchu, est l'un des points forts de cet album de 88 pages. Les auteurs réussissent parfaitement à retransmettre la dualité du récit à travers l'image.L'ambiance y est froide, clinique, claustrophobique. Le design technologique est soigné et réaliste, renforçant l'angoisse de la solitude absolue de Daniel au milieu du vide. Le dessinateur s'en donne à cœur joie avec de grands espaces américains, des lumières plus chaudes et une dimension humaine beaucoup plus charnelle, qui tranche radicalement avec le froid de la mission orbitale. La mise en page dynamique et le découpage fluide permettent de passer d'une temporalité à l'autre sans jamais perdre le lecteur, tout en installant un climat profondément cinématographique.

VERDICT

-

Personne est une franche réussite pour les amateurs de science-fiction psychologique à la frontière d'un Interstellar et d'un thriller paranoïaque. Le récit prend plaisir à nous perdre et à nous manipuler. Plus qu'une simple chronique technologique, la BD pose des questions poignantes sur le sacrifice personnel, le regret et les limites de la perception humaine.

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