Dix ans après l'accord de paix avec les FARC et quatre mois avant l'élection présidentielle colombienne, Guérillero offre une vision poignante d'un fléau toujours présent en Colombie.
Le sujet des enfants-soldats est souvent associé à l’Afrique centrale. C’est vite oublier que le phénomène existe dans le monde entier. En Colombie, pays en quasi-guerre civile depuis 1948, l’enrôlement d’adolescents dans les différents groupes armés est une réalité. Poussé par la misère et l’irascibilité paternelle, Alberto intègre les FARC (Forces Armées Révolutionnaires de Colombie) à l’âge de onze ans. C’est cette histoire vraie que raconte María Isabel Ospina. La scénariste déroule le fil de la vie d’Alberto par bribes, en courtes séquences chronologiques qui évoquent à chaque fois un souvenir. Le dessin rond et parfaitement maîtrisé de Jean-Emmanuel Vermot-Desroches traduit le contraste entre l’âge d’Alberto et l’âpreté de sa vie. Surtout, l’album aborde à parts égales ses années de guérillero et celles de sa réinsertion dans la société. Une période épineuse pour ces ex-enfants-soldats, qu’Alberto négocie remarquablement. De quoi mettre du baume au coeur des lecteurs, qui seront sans nul doute remués par le témoignage du jeune homme.